Derrière un élevage, il n’y a pas seulement des chiens, des portées ou des publications.
Il y a aussi un parcours, des doutes, des erreurs, des sacrifices, des remises en question… mais surtout une passion qui ne m’a jamais quitté.
Aujourd’hui, j’ai décidé de raconter une partie de mon histoire.
MON PARCOURS D’ÉLEVEUR — THE WOLF OF FENRIR
Il m’aura fallu plusieurs mois pour prendre la décision d’écrire ce message, puis encore presque un mois avant de me décider à le publier.
Parler de moi, de mes erreurs et de mes difficultés n’est vraiment pas quelque chose de facile pour moi.
Pour être totalement honnête, je préfère généralement montrer ce que je fais plutôt que d’en parler. J’ai toujours accordé davantage d’importance aux actes qu’aux mots.
Mais aujourd’hui, j’ai envie de partager une partie du chemin parcouru.
COMMENT TOUT A COMMENCÉ
Il y a environ huit ans, j’étais un peu perdu. Et pour être totalement sincère, je pense que je le suis encore parfois aujourd’hui.
Je suis quelqu’un d’assez introverti, mais il y a une chose dont j’ai toujours été sûr : ma passion pour les chiens.
Un jour, on m’a donné l’idée de créer un élevage de huskies sibériens. Ma sœur et moi avions déjà chacun un husky et nous nous sommes dit :
« Pourquoi ne pas essayer de construire quelque chose autour de cette passion ? »
C’est comme ça que l’aventure a commencé.
Trois femelles ont rejoint notre famille, puis quelques mois plus tard, un mâle.
Lorsque le moment de notre première portée est arrivé, nous avons aménagé des parcs, amélioré les installations et essayé de préparer au mieux l’arrivée des chiots.
Nous voulions faire les choses correctement.
UNE PREMIÈRE ÉPREUVE QUI NOUS A BEAUCOUP APPRIS
Nous avions demandé à notre vétérinaire de réaliser les dépistages nécessaires, notamment concernant les hanches et les yeux.
Pour les yeux, nous avions effectué un examen en pensant sincèrement qu’il s’agissait du dépistage adapté.
Notre première portée est née et tous les chiots ont trouvé leur famille.
Puis une éleveuse que nous connaissions et dont nous respections la manière de travailler au sein de son élevage nous a contactés.
Elle était intéressée à l’époque par l’un de nos mâles pour d’éventuelles saillies et nous a demandé ses résultats de dépistage.
C’est en consultant les documents qu’elle nous a fait remarquer que l’examen oculaire réalisé n’était pas celui qu’il fallait pour rechercher certaines maladies héréditaires.
Nous débutions et nous avions fait confiance au professionnel qui nous accompagnait.
Mais une erreur reste une erreur.
Nous avons donc fait réaliser les examens adaptés.
Et là, le résultat a été difficile à encaisser.
Sur nos six chiens de départ, cinq présentaient un problème oculaire détecté lors des examens, notamment des cataractes débutantes ou de la goniodysplasie.
Ironie de la situation : le mâle qui intéressait cette éleveuse était justement le seul de nos six chiens à avoir de bons résultats.
Notre première portée était déjà née.
Nous avons donc choisi d’être transparents et d’informer les familles.
Surtout, cette expérience a profondément changé notre manière d’aborder la reproduction.
Nous avons compris qu’en élevage, il ne suffit pas de vouloir bien faire : il faut continuellement apprendre, vérifier, se remettre en question et améliorer ses pratiques.
PRESQUE TOUT RECOMMENCER
Entre-temps, nous avions importé une nouvelle femelle de l’étranger et gardé deux jeunes femelles issues de notre première portée.
Comme leurs parents faisaient partie des chiens concernés, nous avons pris la décision de ne prendre aucun risque pour la suite de l’élevage.
Les deux jeunes femelles ont été stérilisées puis placées dans de bonnes familles.
Certains de nos chiens ont également dû être replacés.
Pour d’autres, nous n’avons simplement pas réussi à nous résoudre à le faire.
Les liens étaient devenus trop forts.
Ils ne reproduiraient plus, mais ils resteraient nos chiens.
Puis nous avons dû quitter l’endroit où nous avions commencé à installer l’élevage.
Des mois de travail très dur, des heures passées à aménager les parcs, à améliorer les installations et à construire quelque chose petit à petit… tout semblait partir en fumée en très peu de temps.
Après tous ces efforts, nous avions réellement l’impression de revenir à la case départ.
REPARTIR
Deux années passent.
Notre femelle importée de l’étranger arrive à l’âge de pouvoir éventuellement reproduire.
Cette fois-ci, nous faisons tous les examens nécessaires en attendant les résultats avec une certaine appréhension.
Heureusement, tout va bien.
Nous pouvons enfin repartir.
Une nouvelle portée arrive.
Mais entre-temps, le marché a complètement changé.
La période du Covid est terminée et la demande n’a plus rien à voir.
Nous découvrons alors une autre réalité de l’élevage :
bien s’occuper de ses chiens ne suffit pas.
Il faut également savoir communiquer, faire connaître son travail, produire des photos et des vidéos, gérer les réseaux sociaux et réussir à gagner la confiance des familles.
Lorsqu’on est un petit élevage encore peu connu, cela peut être particulièrement difficile.
Tous les chiots ont finalement trouvé leur famille, à l’exception d’une femelle que nous avons choisie de garder.
Cette période m’a appris à quel point la communication faisait désormais partie intégrante du métier.
UNE NOUVELLE PORTÉE, DE NOUVEAUX DÉFIS
Une année passe.
Nouvelle portée.
Nous décidons également d’importer une nouvelle femelle afin d’apporter du sang neuf à notre élevage et de continuer à travailler avec des lignées différentes.
Les premiers chiots trouvent assez rapidement leur famille.
J’ai aussi un énorme coup de cœur pour un mâle et je décide de le garder.
Mais les semaines passent et les demandes deviennent beaucoup plus rares.
Les chiots grandissent.
Et lorsqu’un chiot atteint trois ou quatre mois, lui trouver une famille devient souvent plus compliqué.
Cette période a été difficile, autant moralement que financièrement.
À ce moment-là, cela faisait environ cinq ans que nous avions commencé l’aventure.
En cinq ans, nous n’avions fait que trois portées.
Nous avions importé des chiens, réalisé des dépistages, aménagé les installations, assuré les soins vétérinaires, l’alimentation et l’entretien quotidien.
Et pendant toutes ces années, une grande partie des dépenses avait été financée avec notre argent personnel et celui de notre famille.
Il existe parfois cette image selon laquelle un éleveur fait une portée, vend quelques chiots et gagne énormément d’argent.
Ce n’est tout simplement pas l’expérience que nous avons vécue.
Mais ces années m’ont aussi appris quelque chose : un élevage ne se construit pas en quelques portées.
Il se construit avec du temps, des choix, des erreurs, des améliorations et beaucoup de patience.
CONTINUER MALGRÉ TOUT
Cette troisième portée aura été celle de trop pour ma sœur.
Après plusieurs années à enchaîner les difficultés, elle a décidé d’arrêter l’élevage.
Je peux parfaitement comprendre sa décision.
Moi, j’ai décidé de continuer, même si certaines personnes ne comprennent pas toujours ce choix. Parce que THE WOLF OF FENRIR, ce n’est pas simplement un élevage : c’est toute ma vie.
J’ai néanmoins décidé de faire une pause.
Les installations dont je disposais n’étaient pas suffisamment adaptées à ce que je voulais pour mes chiens.
Je voulais pouvoir travailler correctement.
J’ai donc suspendu les portées afin d’améliorer progressivement les installations.
Cela a pris beaucoup plus de temps que prévu.
Mais pendant cette période, les chiens étaient toujours là.
Il fallait continuer à les nourrir, les soigner, les sortir et s’occuper d’eux quotidiennement.
Et surtout, cette pause m’a permis de réfléchir à la manière dont je voulais continuer l’élevage.
POURQUOI JE CONTINUE
Avec le recul, je ne regrette pourtant pas toutes ces années.
Parce qu’elles m’ont permis de comprendre quelque chose d’essentiel :
les chiens sont réellement ma passion.
J’ai adoré voir naître les chiots.
Les voir évoluer.
Participer à leur socialisation.
Leur faire découvrir progressivement le monde.
Mais ce qui m’a parfois le plus pesé, ce sont aussi certaines remarques :
« Éleveur canin, c’est vraiment un métier ? »
« On peut vraiment en vivre ? »
« Tu fais quoi exactement toute la journée ? »
« Ça te coûte de l’argent. »
« Tu as trop de contraintes. »
« Franchement, ça n’en vaut pas la peine. »
Et parfois, avoir l’impression que, pour certaines personnes, être éleveur consiste simplement à poser une gamelle de croquettes et une gamelle d’eau devant un chien.
C’est tellement plus que ça.
ÊTRE ÉLEVEUR, POUR MOI…
C’est avant tout une immense passion pour les animaux.
Cela signifie répondre aux besoins physiques et mentaux de toute la meute, pas uniquement à ceux des chiots.
Un chien adulte a lui aussi besoin de sortir, de découvrir de nouvelles choses, de renifler, de se dépenser, d’interagir et d’avoir des moments individuels.
C’est apprendre à connaître chacun de ses chiens, parce qu’ils ont tous leur caractère, leurs habitudes et leurs besoins.
C’est observer les relations au sein de la meute et adapter les groupes lorsque c’est nécessaire.
C’est continuer à consacrer du temps aux chiens retraités ou à ceux qui ne reproduiront jamais.
Parce qu’avant d’être des reproducteurs, ce sont nos chiens.
Lorsqu’il y a une portée, c’est également accompagner les chiots pendant leurs premières semaines, les socialiser et les préparer progressivement à leur future vie.
C’est gérer les rendez-vous vétérinaires, les chaleurs, les gestations et les mises bas.
C’est communiquer avec les familles, faire les photos et les vidéos, gérer les réseaux sociaux et maintenir les installations propres et adaptées.
Et surtout :
être responsable du bien-être physique et mental de plusieurs êtres vivants, 365 jours par an.
AUJOURD’HUI
Après plus de deux années sans portée, j’ai décidé de reprendre doucement l’élevage.
Je ne vais pas prétendre que je n’ai aucune inquiétude.
Le contexte économique est difficile et le monde de l’élevage canin a beaucoup changé.
Mais je reprends aussi avec davantage d’expérience, de recul et une vision beaucoup plus claire de la manière dont je souhaite travailler.
Les erreurs du passé m’ont appris à être plus vigilant.
Les difficultés m’ont poussé à améliorer mes installations.
Et toutes ces années m’ont confirmé une chose :
ma passion pour les chiens est toujours là.
Aujourd’hui, je fais simplement appel à ceux qui aiment les chiens et qui souhaitent soutenir les petits élevages qui essaient de travailler sérieusement.
Je ne vous demande pas forcément d’acheter un chiot.
Un partage.
Un abonnement à notre page.
Un commentaire.
Parler de notre élevage autour de vous.
Pour une petite structure avec peu de visibilité, cela peut réellement faire une différence.
Je n’écris pas ce texte pour que l’on me plaigne.
Je voulais simplement raconter une partie de mon parcours et montrer qu’un élevage ne se résume pas aux quelques semaines pendant lesquelles une portée est présente.
Il y a eu des erreurs.
Des échecs.
Des sacrifices.
Des remises en question.
Mais il y a aussi eu des rencontres, des progrès, des chiots que j’ai vus grandir, des familles heureuses et énormément de bons souvenirs.
Et surtout, l’envie de continuer à avancer et de faire mieux est toujours là.
THE WOLF OF FENRIR